Les chercheurs russes en Inde étaient rares, et leurs destins se terminaient souvent tragiquement. Ainsi, Afanasy Nikitin et Semyon Malenko sont morts sans revenir chez eux. Le seul à avoir décrit en détail l'Inde et l'Asie centrale fut Philippe Efremov à la fin du XVIIIe siècle. Né à Vyatka, il entra dans l'armée, où commencèrent ses aventures. Lors d'un combat contre les Pougatchevistes à la barrière de Donguz, Efremov fut capturé, mais s'échappa la nuit avec deux camarades. Ils furent capturés par des Kirghizes et vendus en esclavage à l'émir de Boukhara.
Efremov fut contraint d'accepter l'islam, soumis à de cruelles tortures, mais il résista. Pour sa ténacité, l'émir lui permit de rester chrétien et le fit gardien dans le harem. Là, il entama une romance avec la gardienne des clés, qui lui sauva plus tard la vie. Lorsque l'émir commença à le considérer comme le sien, il l'intégra à son armée. Efremov fit preuve de bravoure, bien qu'il notât plus tard que les Boukhariens tiraient mal avec leurs canons et utilisaient l'artillerie pour intimider, tirant au hasard sur les maisons pour que les habitants paient un tribut.
Pour son service fidèle, l'émir le récompensa avec des terres, mais Efremov rêvait de s'échapper. Un jour, il eut une chance : il fut envoyé avec un rapport à Boukhara. Il soudoya le secrétaire pour qu'il lui prépare des documents d'ambassadeur, et la gardienne des clés obtint le sceau. Efremov promit de l'emmener avec lui, mais ne tint pas sa promesse. Avec des Russes captifs, il atteignit la frontière de la Chine, où l'entrée des Européens était interdite. Ils se déguisèrent en marchands tatars et rejoignirent un convoi, achetant des marchandises similaires pour ne pas éveiller les soupçons. Après avoir franchi les cols, ils atteignirent l'Inde.
En Inde, Efremov passa plusieurs mois à décrire la vie locale. Il s'étonnait de voir pourquoi les nobles préféraient les rickshaws, jusqu'à ce qu'il comprenne que les chevaux étaient chers, et qu'il était plus avantageux d'avoir plusieurs rickshaws qu'un seul cheval. Il fut frappé par le Taj Mahal, les éléphants, les anciennes forteresses et les rituels, y compris les crémations des morts et le rituel d'assassinat des malades en phase terminale.
Cependant, Efremov n'était pas venu en Inde pour les impressions, mais cherchait un chemin vers la Russie. Le hasard l'aida : dans la rue, il jura en russe, et un marchand arménien, qui connaissait le russe, l'entendit. Le marchand lui conseilla de s'adresser à un prêtre anglais vivant à Saint-Pétersbourg. Grâce à son aide, Efremov monta sur un bateau et arriva en Irlande après 5 mois, puis en Russie. Dans la capitale, il fut présenté au comte Alexandre Bezborodko, qui cherchait un spécialiste de Boukhara et de l'Asie. Efremov fut admis au Collège des affaires étrangères et anobli. Sur son blason, il laissa un souvenir de son voyage : la route et des jambes en argent symbolisaient son incroyable odyssée.
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